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 Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy

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Pilou

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Messages : 5
Date d'inscription : 31/07/2011

MessageSujet: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 0:00

Avant-propos : Ce récit s'adresse notamment aux personnes que j'ai pu rencontré au concert, dont j'ai paumé les noms que j'avais pourtant gardé sur une feuille... perdue à ce jour. Nous avions pris une bière après le concert, sur les marches de bercy. Pour ceux qui étaient présent, (il me semble que « Streum » et « JujuFloyd » étaient de la partie) n'hésitez pas à vous manifester. J'ai fait fi volontairement des charmantes rencontres et discussions qui ont suivis cet évènement, préférant me concentrer sur le nerf de l'histoire. Pour tous, bon courage pour la lecture un brin conséquente. Avertissement, l'histoire contient sur certains passages des mots grossiers, planquez vos gamins donc.

==========

Des aventures mythomanes d'un marseillais aéroporté en plein Paris.

C'était un 29 juin. La sonnerie de mon foutu téléphone m'avait réveillé en sursaut. J'allumai la lampe de chevet et me précipitai sur mon combiné afin de crier sur l'andouille astigmate qui osait déranger mon sommeil. Alourdi, j'en conviens, par les vapeurs éthyliques de la veille.
Le nom de Ricks, mon partenaire à la crim', s'affichait sur l'écran et vibrait de plaisir à l'idée de foirer ma nuit de repos. Piqué tout de même par la curiosité, je pris pari de répondre tout en me préparant une insulte approprié aux circonstances.
Mais mon partenaire ne m'en laissa pas le temps.

« Adrien» me dit-il, « On a un problème. »

Son annonce stoppa net mon agitation et je me laissai un moment pour accuser l'annonce.

« Qu'est-ce qui se passe ? » interrogeai-je.

Il pris une profonde inspiration et commença le récit qui allait définitivement sceller mon destin pour les prochains jours.

« Un indic m'a balancé une info brûlante. J'ai vérifié et ça m'a l'air sérieux. Un groupe crypto-fasciste va prendre d'assaut une salle de concert sur Paris. Ils se faisaient appelé les « Pink Floyd » il y a des décennies de cela. Il y a eu des mouvements séparatistes depuis. Un des leader reprend du poil de la bête. Il exerce son activité en proposant des concerts basé sur sa propre vie de rockstar anglaise. « The wall », un délire profondément narcissique entamé dans les années 70 et qui perdure depuis. »

Il me laissa un moment pour digérer l'information. Ma tête me faisait mal et le whisky s'amusait à débrancher certaines de mes synapses. Pas assez cependant pour que je perde pied.

« J'en ai parlé au boss, reprit-il. Compte tenu de tes états de services, il veut que tu enquête là bas. Tu feras un rapport pour que l'on mène une opération de nettoyage plus tard. »

« Et les contre-terroriste ? »

« Laisse tomber. Le patron veut tout le mérite de l'opération. T'es partant ? Passe au bureau, on t'expliquera les détails. »

Et là, par un incroyable tour de passe-passe scénaristique digne du dernier foutoir de Michael Bay, me voilà poussé du haut d'un hélicoptère par les gros bras d'un soldat de la légion étrangère. J'ai déployé peu de temps après mon parachute qui froissait atrocement mon complet gris clair de détective. J'arrivais de nuit dans le parc de Bercy, pour les coup de 5h30 du matin. Je laissais derrière moi la toile de parachute et mon harnais, entremêlé sur les barres de tôles du skatepark avoisinant.
Par volonté de me fondre dans la masse, je m'étais débarrassé de mon costume pour en revêtir un autre. Un style plus urbain de jeune bien portant, fringuant mais décontracté avec son sac à dos noir à bretelle rétractable, typique de la population estudiantine post-tchernobyl.

Voilà le plan. Le concert est à 20h00. Roger Waters, le présumé leader, est effectivement à l'affiche. Le but est de prendre les premières places dans la fosse grâce à mon billet falsifié par le contre espionnage français. Pour ce faire, il me fallait infiltrer la file d'attente le plus tôt possible à cause de la notoriété galopante de l'activiste. Je me devais donc d'aller chercher à manger avant de réaliser cette performance. Vers les coup de 12h, un jeune homme (Lucien) m'interpelle, me demandant si je connaissais un magasin où l'on vendait des piles pour son dictaphone. Par politesse, je lâchais tout de même que je n'étais pas de la région. A tout hasard, je lui demandais si lui aussi comptait se rendre au concert. La réponse fût positive. Croyant avoir affaire à un compatriote, il me salua chaleureusement et nos routes se séparèrent provisoirement.
Me décidant à profiter tout de même de l'occasion pour prendre du bon temps, je passais en revu les kébabs du coin. Le problème de ce genre d'endroit, c'est qu'ils vendent tous le même putain de sandwich trop gras et trop salé. De Marseille à Paris, de Perpignan à Dunkerque. Non merci les gars. J'ai jeté mon dévolu sur une brasserie et pris un menu express pour m'avaler mes oeufs mayos et mon steack au poivre avec la profonde satisfaction d'avoir dans le ventre de quoi tenir pour les prochaines heures. Je payais avec mon american express platinum à 350 euros la cotisation annuelle et laissai un joli pourboire d'un euro et cinquante centime au serveur pour sa célérité.

Ca, c'était fait. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Je m'incrustai finalement dans la file d'attente. Devant moi, une trentaine de jeunes et de moins jeunes, voir de moins moins jeunes. Tous à peu près débraillés mais l'oeil encore vif à 13h10 de l'aprem. Parfait, je décidais de ne pas trop me faire remarquer dans un premier temps. Aussi, je m’asseyais tranquillement à l'ombre pendant que les autres luttait déjà avec le soleil de midi. Au diable l'avarice, j'avais prévu de lire les liaisons dangereuses durant l'attente...
Cependant, passer pour un sympathisant du leader fût une tâche plus dur que prévu. Pour dire vrai, ce fût un véritable chemin de croix. Les heures s'égrainaient au compte goutte. Les minutes se figeant dans un espace temps inconnu, laissant l'aphasie gagner lentement les membres des fans présent. Les gens s'agglutinaient au fur et à mesure, de façon plus ou moins respectueuse. Les barrières nous parquant en zig gaz, nous étions semblables à des jeunes veaux allant à l'abbatoir de St Germain la Carouguette. Je fut tenté par une sieste, mais le soleil m’ôta très vite cette idée de l'esprit.
Le soleil. Ce foutu soleil qui nous écrasait amoureusement ses UV/UVA sur la tronche comme autant de cataplasme brûlant (celui de ma grand mère berthe, à la moutarde). Ce coup de massue dura plus de 6h. Après ce genre d'expérience, c'est sur, on a toujours un peu de sympathie pour les idoles païennes aux couronnes d'épines qui se font larder les flancs le dimanche matin à Jérusalem. Sans eau, j'ai du mettre mon organisme en veille afin de garder encore les fluides de mon corps dans mes cheveux que je portais long ce jour là. Puis, après avoir passé du blanc crème 18ème siècle au rouge vif du homard ébouillanté, je vis une scène étonnante. Pathétique surtout.
A partir de 5h, nous ne devions plus sortir de la file sous peine d'expulsion. Du coup, un jeune garçon plus intelligent et fougueux que les autres se fit débarquer alors qu'il était en train de pisser sur le gazon. Il eu la chance d'être escorté par un vigile au bras semblables à des jarrets de bœufs américains hormonés et stéroidés par mosanto. Les miens étant ce qu'il étaient, racée mais de type désespérément somaliens période creuse, je pris parti de ne pas intervenir. Me prenant au jeu, j'affirmai tout de même à mes voisins d'infortune que si j'avais était à sa place, je serais probablement mort sur place de crise cardiaque, foudroyé par le karma. J'aurai pu à la limite mangé ma propre bouche par simple frustration d'avoir fait toute cette putain de queue pendant plus de 6h30 pour des clopinettes.
Enfin, pour 18h, la foule s'activa. Je présentais mon billet fébrilement à l'homme en noir qui me fouilla. Il ne trouva pas le pistolet fixé à ma cheville gauche. J'entrai enfin dans le saint des saints. Le repère des dégénérés venu de toute la france pour acclamer leurs leader. L'attente de l'après midi fut récompensé. Je pu me placer devant les barrières, juste en face du chanteur. Je vis alors mon camarade d'infortune, l'homme aux piles, et nous entamèrent la discussion. Plus que deux heures à tirer pour être fixé sur ce Roger Waters. Je fis ensuite connaissance de deux personnes. La première, une charmante libanaise qui s'excusa plus de 100 fois de m'avoir marché sur les pieds durant le spectacle. La deuxième, plus importante, fut celle d'un marin pompier qui assurait il y a quelques années la sécurité dans l'enceinte. Plus importante dans le sens où il s'est passé une chose extraordinaire lors de notre causette.
Alors qu'il me racontait ses expériences au sein de Bercy et son engouement pour le mouvement Pink Floydien, une chose étonnante se passa en moi. Au début, de simple picotements au bout des doigts et de la voûte plantaire. Comme si je battait le rythme, mon pied se mit à tapoter légèrement. Mes épaules se relâchèrent, ma nuque se fit plus souple. Je sentais un léger vent derrière moi qui s’engouffrait dans ma chevelure et caressait mes oreilles. Plus il parlait avec amour de son groupe et plus les sensations devenaient prenante. Je mimais sans pouvoir m'en empêcher le mouvement des doigts sur le manche d'une guitare. Puis tout à coup, une sensation de malaise, suivi d'un flash blanc. Je vacillais en même temps que ma conscience l'espace d'un instant. Quelqu'un martelait l'intérieur de ma tête. J'entendais des briques se brisait autour de moi quand enfin des souvenirs ancrés dans la mémoire collective remontèrent à la surface. Des noms de chansons tout d'abord, écrites au stylo plume sur une feuille blanche.
Puis des images gravés au laser sur la rétine. Le live de Berlin pour l'anniversaire de la chute du mur, Pompéi, des pochettes de vynils, de cd... et les sons. Les chansons se succédant à un rythme effrénée, les solos endiablées, les refrains obsédants, les cris de la foule...
Il pouvait s'être passer une minute, peut être une heure ou 1000 ans, je n'aurai su le dire. Ayant perdu la notion du temps, je me raccrochai péniblement à la réalité en attendant enfin les premières notes du concert. Ca y est. J'étais présent à un concert de Roger waters. L'enjeu me sautait soudainement à la figure. Je comprenais. L'expérience mystique m'avait révélé la toute puissance de ce nom aux oreilles de nombreuses personnes de goût de ce monde. Avoir passé les dernières années à coffrer des putes, des dealers et des meurtriers récidiviste... tout cela ne comptait plus. Non, ce qui comptait, bordel de cul de merde d'un chat empaillé, c'était le moment présent.
La foule cria et leva les bras en l'air. Je fis de même.
Transcendé que j'étais par ce mouvement d'énergie pure qui me faisait tressaillir de jouissance, je ne remarquais quasiment plus les personnes autour de moi, malgré les projecteurs qui fondait sur nous comme à la recherche d'un cible. Entre temps, la libanaise m'avait déjà marcher sur les pieds plus de 3 fois.

D'avance, lecteur, pardonne-moi. Pardonne moi pour ce récit que j’entreprends de coucher sur papier plusieurs mois après ce choc culturel. Aussi, à partir de maintenant, si ma structure non linéaire uniquement basé sur mes émotions te déroute, que ce soit par mes imprécisions, ma surenchère, mes oublis volontaires ou involontaires, je te prie d'aller te faire cuire un œuf. Avec de l'huile d'olive.

Un accord rugissant. Waters arrive sous l'air d'"In the flesh ?" Menton relevé à la Mussolini, il enfile son élégant manteau tout droit sorti d'un vieux film érotique de la naziploitation américaine. D'un commun accord, accompagné par la batterie et la saturation de la guitare, nous refaisons les signes d'allégeance que nous avons appris en regardant le film et les concerts. Plus de marche arrière possible, on ne peut que foncer droit dans le mur de Roger. Un vrombissement retentit, un avion suspendu que nous avions repéré tantôt vient s'écraser dans un coin du mur dans un bruit assourdissant et une montée de flamme. Le spectacle son et lumière continue et c'est bientôt un feu d'artifice qui est tiré depuis la scène pour nous en mettre plein les yeux. Je sentais la chaleur sur mon visage et j'étais trop excité pour m'occuper de la fille qui me marchait sur les pieds pour la 10ème fois.
Bien sur, il nous calme direct avec the Twin ice. Mon esprit vacilla légèrement à ce moment, est-ce que j'étais bien saisi par l'expérience ? Merde, voilà que le solo arrive et oui, bon sang, j'étais saisi au vif, jusqu'au fond de mes tripe ! La colonne vertébrale se tend, ondule, les frissons de plaisir remontent le long des vertèbres et t'arrache un sourire innocent.

Histoire de piquer de nouveau dans le lard, Waters entame another brick in the wall part 1. Je croise mes mains devant ma bouche. Waow. Mince, je suis vraiment là. Il faut que j'appelle mon meilleur ami. Ce type qui est en hollande pour un stage sur l'étude des panneaux photovoltaïque et de l'effet de la marijuana sur les jeunes étudiants de 23 ans et qui ne sait pas ce que je suis en train de vivre.
Je l'appelle donc, je lui laisse un message sur son répondeur en le laissant juste enregistrer la guitare qui envahit l'espace. Ahah, il va me maudire. Qu'importe, si Dieu me pardonne, il me pardonnera aussi.
C'est bientôt l'heure de The part 2. Les minots de paris montent sur scène et affrontent la poupée géante du professeur en train de vociférer des ordres. Les spots à l'intérieur de ses yeux parcourent l'assistance complètement hystérique et c'est avec plaisir que nous nous mettons à chanter.
Dieu tout puissant et sainte mère d’Ukraine, par quelle foutrerie cosmique pouvions-nous autant être en harmonie ? D'une seule voix, nous entonnions le refrain de la chanson. C'est dans ces moment là que tu vois que ce genre d’expérience transcende toutes les mièvreries alcooliques de Johnny Hallyday ou les délires évangélistes de Justin Bieber. Les fans de ces chanteurs reprennent les chansons en chœur, mais peuvent-ils voir à côté d'eux un public aussi varié que le nôtre ? Pink Floyd, the wall, Waters... ce sont des adolescents de 14 ans aux poils de barbes naissant qui écoutent cela pour la première fois de leurs oreilles encore vierge. Ce sont des jeunes de 18 à 25 qui ont soudés les albums sur les platines vinyles de leurs aïeux pour se les injecter par intraveineuse durant toute leurs scolarité. Des trentenaires qui s'écoutent ça dans leur espace avec leurs mômes pour les départs en vacances. Ce sont des hommes et des femmes de 40 à 50 ans qui ont connu le disco et les groupes de pop des années 80 et qui ont survécut malgré tout en ayant dans leurs magnétoscopes la VHS de the Wall. Jusqu'au vieillards dégénérés de plus de 50 ans qui ont passé leurs adolescences de hippies bolcheviques à refaire le monde devant le diamant frottant la galette au son mono chaleureux et amoureusement craquelé par la poussière.
Bref, mon ami me rappelle et j'ai le plaisir de lui faire écouter la partie 2. (Il m'enverra plus tard un message en me traitant de salopard et de traître, ayant participé à cet événement sans lui.)
Pour nous achever, Waters décide de briser notre construction linéaire et nous envoie direct la partie 3... à l'acoustique ! Pas de grande envolée à la pédale à effet, mais un son plutôt folk assez surprenant au début mais qui franchement ne m'empêche pas d'avoir ma petite érection à la fin. Et puis, on s'en fout quoi, c'est Roger Waters, il peut se le permettre après tout !
On décide alors de nous calmer avec l'amertume si délicieuse de Mother et son solo qui me porte et me pousse à fermer les yeux pour apprécier chaque notes.
Goodbye Blue Sky résonne. La jolie ballade charme nos oreilles. Sur le mur, des bombardiers balance maintenant des croix chrétiennes, des étoiles de David, des croissants musulmans ainsi que des marques comme Total ou mercedes... le message est fort. Simple mais fort. Je ne peux m'empêcher d'applaudir en compagnie de certains de mes camarades de concert.
Sur le mur qui est maintenant quasiment terminé, les tiges d'une plantes se dessinent des deux extrémités de la scène. Elles se rejoignent finalement et forment sur le son de la guitare la plante carnivore du film.
One of my tunes débute et la déprime s'installe. Je ne sais plus si c'est exactement à cette chanson qu'un pan du mur s'ouvre pour montrer le salon de Pink à l'instar du live de Berlin. Toujours est-il que le cri est toujours aussi puissant dans la montée qui suit... mais c'est pour mieux descendre au bord de la folie névrotique avec les accords monotones de Don't leave me now. Mon corps frisonne, mais ce n'est plus de plaisir. Les cris désespérés de Waters provoque chez moi beaucoup trop d'empathie à ce moment là. Cela me pousse à me figer totalement dans le silence et l'observation de Roger. Je remarque que les personnes autour de moi font de même. Clouées par l'émotion. La guitare, une fois de plus, irradie ma colonne et me laisse des fourmillements dans la nuque. Mes yeux deviennent un peu trop humide.
Comme Waters à décidé d'expédié The part 3 au début du concert, c'est Goodbye Cruel world qui est logiquement en suite. Le torse du bassiste chanteur dépasse d'un trou dans le centre du mur. Les adieux qu'il lance à la foule finissent de nous achever alors qu'une dernière brique obture le trou et fait disparaître le chanteur en le coupant dans sa dernière syllabe.

Fin de la première partie. Les lumières se rallument. Entracte. La coupure est violente, presque un sacrilège. Je passe mes mains sur mon visage, sur mes cheveux. Je souffle longuement. L'homme aux piles se retourne, nous nous lançons des regards compréhensif. Je sais mec, j'ai vécu quasiment la même chose que toi. Les noms de soldats de plusieurs guerres se succèdent sur des parties du mur, avec leurs photo. Parfois des films de retrouvailles avec les familles. Seconde guerre mondiale, Irak, afghanistan, Kosovo, Tchétchénie...

Début de la deuxième partie.
Enfin. Les premières notes d'une chanson mythique de cet album. Les lignes de basses de Water glissent sur le manche et caressent mon ventre. Hey you nous montre le chemin. Les différentes parties de la chanson nous portent comme une vague, une marée humaine se dandine au rythme de la narration. Un moment de vérité parmi tant d'autre. La voix tranchante comme un couteau, à la fin, annonce la suite.
Is there anybody out there résonne plusieurs fois. La mélodie se met en place après le cris des banshees. Un duo de guitare se met en place dans un carré du mur découpé pour l'occasion. De là où je suis, je ne peux les voir correctement. Peu importe, je ferme les yeux et j'écoute. Les notes m'impregnent et mon âme s'apaise un instant. Le professeur hurle à l'arrière de la cour, je l'entend.
C'est au tour de Nobody home, il me semble en fait que c'est dans celle là que le salon de Pink apparait. Mince, je ne me rappelle plus. Il faudrait voir avec d'autres personnes pour réunir les fragments de mémoire.
Une nouvelle fois, les dieux s'en remettent à l'artiste et Comfortably numb glisse sur ma peau. Une autre chanson mythique, puissante et délicieusement perverse... la première montée fait hurler les gens autour de moi. Je dois sûrement faire pareil. Tout ce dont je me rappelle, ce sont les vagues de plaisir brut qui se manifeste dans mon corps. La chaleur, les fourmillements, captivé par le spectacle qui s'offre devant moi. Fasciné par l'atmosphère qui se dégage de Bercy, j'en laisse une larme couler sur ma joue en sueur.
D'après l'homme à la pile, la batterie ne s'entendait pas assez. N'étant pas batteur de formation, cela m'a paru anecdotique sur le moment. Le deuxième solo rugit, plus puissant que jamais. Fidèle à l'original. Pas de duel de guitare comme à berlin. C'est sur, ce concert aura été plutôt respectueux de l'album à part la part 3, mais après tout... ça limite le risque de déception ! La chanson se termine sur les dernières notes et la mâchoire m'en tombe.
Changement de style. In the Flesh. Les musiciens sortent littéralement du sol, habillé en soldat rappelant les uniformes fascistes de la ss ou de mussolini. Le chœur entonne des vocalises et Waters arrive sur scène, revêt une nouvelle fois son costume de leader. Des soldats l'accompagne, portent des étendards. J'en avais oublié ma mission première qui était de surveiller le mouvement de Roger waters... mais, qu'importe, je n'en avais plus rien à secouer. Non. J'avoue. Je croisais mes bras, faisais les signes que le leader voulait. J'étais un fidèle mouton à sa botte. Tout à coup, il décida de nous mitrailler du haut de son podium. Loin de nous faire peur, nous avions encore plus soif de spectacle en voyant certains spectateurs se faire criblés de balles. Pendant ce temps, le porc gonflable nous survolait nonchalamment en se marrant de la pitoyable image que nous donnions.

Ce fut ensuite le temps du procès. Pendant que Water se perd dans ses troubles de la personnalité et joue avec sa voix éraillée, les images du film sont projetés une nouvelle fois sur le mur. La folie explose au bord de chaque nouvelles sentences, un véritable opéra rock se joue devant nous. L'artiste est plus pénétré que jamais. Plus de 60 ans et toujours aussi habité ce type. C'est juste incroyable. La chanson me berce par moment dans ce délire psychiatrique, mais je ne peux m'empêcher de penser que la fin est plus proche que jamais. Est-ce que tout ceci peut prendre fin ? Est ce vraiment éphémère ? N'y a t-il pas un échappatoire de dernière minute qui nous permettrait de vivre ça une nouvelle fois, ou au moins nous raccrocher encore un peu à notre cher bassiste...
Le juge, d'un ton péremptoire, annonce la couleur. Vous l'avez dans l'os. Il est temps de baisser le rideau, de faire exploser toute cette merde. Tear down the wall,Tear down the wall est repris en chœur. C'est la fin. La fin. Le terre tremble en même temps que les enceintes. Quand tout à coup, le mur explose dans un grand fracas. Un souffle nous fait reculer légèrement. Nous restons tous là. Immobile. Je ne pense plus à rien. Je suis juste là. Planté devant la scène qui ressemble maintenant à un champ de bataille. Doucement, Roger chantonne Outside the Wall comme une dernière epithaphe à son concert.
Ca y est. Oui. Cette fois, c'est certain. C'est la fin. La fin de The wall.

Au bout d'un moment, les musiciens montent tous sur scène pour une dernière apparition et un dernier jeu avec le public. J'applaudis à chaque nouvelles présentation d'un artiste, puis, c'est enfin le tour de Roger. Des vagues et des vagues d’applaudissements s'abbatent sur Bercy. Je regarde autour de moi. Toutes les personnes dans les gradins se sont levés. Ouais, vous avez raison, chapeau l'artiste. Une dernière fois mon regard se pose sur le chanteur qui s'en va de la scène... et je comprend une nouvelle chose. Une autre révélation m’apparaît. Je ferme les yeux un instant.

Au. Mon. Dieu. Tu existe vraiment alors. Tu n'étais pas qu'un vague pronom impersonnel susurré candidement par cette tête à claque de Laura Ingalls, chaque foutu midi sur M6. Cette mormone de 12 ans jouant dans la petite maison de la prairie, rendu dépressive à 21 à cause de l'abus de crack et de méthadone.
Je suis bien obligé de te rendre grâce aujourd'hui, Dieu, car tu m'a permis d'assister au plus beau concert de ma vie. Je ne dis pas ça par simple démagogie. Je sais, avant un concert comme celui ci, on se permet de projeter sur le futur. Et si ce n'était pas le meilleur de tous ? Et si, au fond, une touche de déception n'allait pas s'insinuer au fond de mon orteil droit, tel la gangrène au diabétique insouciant. Non ! Rien de tout ça ! Pour autant, je ne peux dire que c'était un concert parfait. Mais c'était en tout cas le plus puissant auquel j'avais assisté.
Met toi à ma place lecteur, tu ne peux pas dire que tu a assisté à un "bon concert". Intrinsèquement, c'est le cas. Il y a pourtant trois catégories que l'on peut nommer facilement. Les concerts pop corn, que tu ingère et que tu oublie quasiment à part ce goût légèrement caramélisé. Les concert au top, qui te laisse une vive émotion et dont tu parles avec enthousiasme immédiatement. Et puis, il y a le concert mythique. Celui dont les anciens te parlent à demi-mot pendant les cinq premières phrases, le visage grave et l’œil brillant. Ouais, c'était ce genre de concert là.
Après que les lumières se soient allumés, que la foule repart lentement. Tu reste là, sans rien dire. Durant les premières secondes, tout se joue à l'intérieur de toi. C'est comme quand tu t'es maté un film sublime au cinéma, lors du générique de fin. Le monde s'éveille autour de toi, s'active. Toi, non. Toi, tu sais. Et vu que tu sais, tu reste immobile encore quelques instants. Tu laisse s'intégrer au plus profond de tes cellules l'expérience qui s'est opérait devant toi, en toi, et autour de toi. Il y a des gens qui se fond mystifié par des expériences. C'est ton cas. Doucement, tu reprend contact avec la réalité. Tu réalise que des gens autour de toi te fond des sourire que tu leurs rend avec plaisir. Ca y est, tu es prêt à marcher de nouveau. Un dernier regard sur la scène, puis tu te retourne et admire les 15000 places de la salle en train de se vider au compte goutte. Des gens ramassent des confettis, et toi tu garde le silence. Certains font pareil que toi. Ils avancent lentement comme surpris par un mélange valium/xanax. Vous échangez des regards complices et des onomatopées primaires. En fait, tu es comme une victime de guerre. En toi s'est opérée un choc traumatique, une faille s'est révélée dans ta conscience dans laquelle s'est engouffré le résultat d'une mise en scène sublime. Qui est au commande ? Un véritable esprit créateur. Un artiste, avec un grand A. Cherche pas. Au dessus, c'est le soleil.
Des concerts, j'en verrais d'autres si mes acouphènes le permettent. Mais quel genre de spectacle peut se targuer de t'avoir fait sentir appartenir à un truc qui te dépasse ? Ce sentiment - auquel tu ne peux mettre de mot après la tombée du rideau - c'est celui d'avoir participer à un événement qui a fait partie de l'histoire de la musique. Rien que ça. Et plus rien ne pourra remplacer cette impression magique. Rien. Ce genre d’événement est si exceptionnel que tu peux te permettre de te convertir à tout le fourbi polythéiste de la galaxie. Convertis-toi, oui. Car qui d'autre, hormis la flamme fulgurante d'un esprit infiniment bienveillant, pouvait te donner une telle opportunité ? Pouvoir ainsi garder amoureusement une partie de ces précieux instants au creux de ton âme.

Ainsi, lecteur, s'achève mon récit un brin mythomane. Par la force des choses, je n'ai pu donner mon véritable rapport à mon supérieur. J'en ai composé un de toutes pièces pour qu'on laisse tranquille ce Waters. Au moins, il ne tombera pas à cause de moi. Aujourd'hui, j'ai démissionné de la crim' et des services secrets pour me reconvertir dans l’ostréiculture en Bretagne. Le souvenir de ce moment magique reste encore bien présent à mon esprit. De temps à autres, en catimini, je branche mon casque sur les enceintes de mon bureau et j'écoute les flamands roses en maudissant le fait de ne pas les avoirs vu réunis. Très vite cependant, je loue la chance qui m'avait collé à la peau durant cette fin de juin 2011. Parfois, le soir, un whisky 20 ans d'âge à la main, je remet The wall et mon échine se courbe de plaisir comme au premier jour.




Dernière édition par Pilou le Sam 13 Aoû - 22:50, édité 2 fois
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Jujufloyd

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 0:13

Pilou a écrit:
Ce récit s'adresse notamment aux personnes que j'ai pu rencontré au concert, dont j'ai paumé les noms que j'avais pourtant gardé sur une feuille... perdu à ce jour. Nous avions pris une bière après le concert, sur les marches de bercy. Pour ceux qui étaient présent, (il me semble que « Streum » et « JujuFloyd » étaient de la partie) n'hésitez pas à vous manifester.



Hmmm... Non, ça ne me dit absolument rien, désolé... Le 30 juin après le concert, je n'étais pas sur les marches de Bercy pour boire une bière. J'ai fait cela pour le concert du 1er juillet avec d'autres membres de ce forum cela dit, mais je les connaissais tous.
Donc non, ce n'était pas moi, désolé !
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Pilou

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 0:16

Oups ! Je n'ai plus que la piste de "Streum" sur les bras... mais il ne me semble pas l'avoir vu sur le site pour l'instant. Affaire à suivre !
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Floyd_Le_Grand

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 16:23

Idem pour moi!J'étais avec juju et Marsu entre-autres!
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Free Four

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 16:46

Superbe récit, tu as des talents d'écrivain

J'étais pas sur les marches non plus, partie avant, dans un état second... What a Face
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FMR

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 17:27

Free Four a écrit:
Superbe récit [...]
Je dirais... superbe déclaration d'amour ! Si quelqu'un me fait la même, avec autant de passion et d'émotions, je l'épouse !

Et je n'étais pas là le 29 juin... juste le 30 mai
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Pilou

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 17:45

C'est un défi ? Arf, démagogie oblige, apprenons d'abord à nous connaître !
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FMR

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 17:51

Juste l'expression de mon admiration
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Pilou

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 17:55

Ceci dit, je serais curieux de reparler aux gens que j'ai rencontrés sur ces marches... mais je ne vois pas du tout comment faire sans les pseudos.
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FMR

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 18:01

Euh... colle une photo, et ils ne tarderont pas à se manifester, je pense
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Jujufloyd

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 18:16

Pilou a écrit:
Oups ! Je n'ai plus que la piste de "Streum" sur les bras... mais il ne me semble pas l'avoir vu sur le site pour l'instant. Affaire à suivre !

Si ça peut t'aider, il n'y a personne qui s'appelle "Streum" ici ! Smile
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Pilou

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Sam 13 Aoû - 18:48

C'est bien ce qui me fait peur Wink
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P

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Dim 14 Aoû - 0:07

récit fort sympathique, bravo !

Mais comment se faire cuire un oeuf à l'huile d'olive ? C'est surement un truc d'agent secret !
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patrice

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Dim 14 Aoû - 10:20

P a écrit:
récit fort sympathique, bravo !

Mais comment se faire cuire un oeuf à l'huile d'olive ? C'est surement un truc d'agent secret !


non, c'est juste une phrase codée dont la clef se trouve dans "Alan's psy.. breakfast"... study
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zabaka

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Dim 14 Aoû - 16:15

J'aime beaucoup ton texte, Pilou. En lisant ça on se rappelle la chance qu'on a eu d'être à ces concerts, bord*l !
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Atom Heart

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MessageSujet: Re: Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy   Mar 16 Aoû - 17:50

Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas marré comme ça. Sacré récit! Merci pour ce bon moment de lecture!

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Récit Post Traumatique sur Roger Waters : The wall / bercy
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